15 Novembre 2013
Peut-être est-ce dans l’émission « Touche pas à mon poste » que certains conseillers généraux de la majorité départementale devraient songer à se reconvertir, si les électeurs ne leur renouvelle pas leur confiance lors des prochaines élections de 2015. Sans doute prendront-ils conscience alors qu’à la base de la démocratie, il y a des électeurs et non des territoires.
Les débats de la session du 08 novembre dernier ont en effet laissé de côté les grands principes pour de petits tracas. C’était « mon canton » et « ma pomme ». Pour le reste, adieu, veaux, vaches, cochons, démocratie, égalité des électeurs…
Un Président de la République de 1981 à 1995 avait autrefois affirmé que la démocratie, c’était le droit institutionnel de dire des bêtises. C’est aussi celui d’en faire. C’est ainsi que le représentant de l’Etat se vit affublé du titre de « Commissaire de la République » et offrir des chrysanthèmes pour commémorer la disparition du « défunt Conseil général ».
La constance n’est sans doute pas la priorité première de la Droite, qui (sup)porta pourtant le mort-né Conseiller territorial, élu monocéphale mais à deux casquettes, celles de Conseiller général et de Conseiller régional. Cette réforme, qui aurait véritablement fusionné et supprimé le Conseil Général, semble avoir été effacée de sa mémoire par une opération divine depuis le 06 mai 2012 ! De cela ne parlons pas... surtout pas devant le prestigieux public venu spécialement pour l’occasion. Courage, fuyons.
André Villiers n’en fut pas quitte pour autant et eut à essuyer l’ire de Jean-Marie Rolland, qui nota qu’il y avait « beaucoup de démagogie de la part du Président du Conseil général » à quelques mois des élections sénatoriales…
L’auditoire avait d’entrée de jeu été prévenu par le Président du Conseil général que le Préfet n’assisterait pas à ce qui constituait un débat « politique » voire « politicien », le second rappelant qu’il s’agissait d’un terrain sur lequel il ne pouvait se permettre de répondre eu égard à sa qualité. Sans le dire, il renvoyait ainsi la campagne de dénigrement menée par la majorité départementale autour du projet de redécoupage cantonal à ce qu’elle était : une campagne politicienne et partisane.
Relevons au passage que la majorité départementale n’émit aucune réserve sur ce point : si ce projet de redécoupage constituait véritablement un danger pour l’existence de la ruralité, pourquoi s’être accommodée sans broncher de la règle posée par le Président du Conseil général à la demande du représentant de l’Etat ? Par son consentement, la majorité départementale reconnaissait que sa posture (Touche pas à ma campagne) n’était qu’une façade fraîchement ravalée pour dissimuler son arrière-boutique électorale !
Il n’y eut même pas à gratter un peu le verni qu’il s’écaillait : bien vite, le « bal des ego » fut ouvert. Où sont-elles, les craintes pour les services publics ? Elles furent balayées d’un revers : le redécoupage n’affectera pas le montants des dotations de l’Etat, notamment en direction des chef-lieux de canton. Vite oublié, le discours sur la mort des campagne s’effaça derrière les considérations locales : « mon canton », « mon canton », « mon canton ». Trop grand. Trop long. Trop peuplé. Mal dessiné. Passons.
Les apports essentiels de la réforme étaient oubliés. « Ce qui constitue la vraie démocratie, ce n’est pas de reconnaître des égaux mais d’en faire » : en l’occurrence, l’égalité entre les femmes et les hommes et l’égalité entre les électeurs sortent grandes gagnantes de la loi du 17 mai 2013. Passées aux oubliettes par la Droite.
Les cantons sont des circonscriptions électorales et non des collectivités, comme nous l’écrivions précédemment. Leur redéfinition engendrent des craintes légitimes pour les élus. Mais c’est le cadet des soucis des Icaunais, alors que les politiques départementales ne se décident de toutes façons pas à cet échelon. Que le bloc communal s’occupe de son territoire et que le Conseil général s’occupe du Département, et « les vaches seront bien gardées ».
Que dire, enfin, de cet incroyable spectacle donné par la majorité reprochant d’un côté au Préfet un manque de concertation dans l’élaboration de la nouvelle carte cantonale et de l’autre, se proposant de manier les ciseaux à sa façon, de renommer ou de redessiner tel ou tel canton… sans davantage solliciter ceux qu’elle estimait lésés de la démarche de l’Etat ! La majorité s’éclata d’ailleurs entre ceux qui n’en avaient cure et ceux pour qui l’exercice posait soudainement un problème de conscience.
Mais comment la majorité départementale peut-elle s’émouvoir d’un redécoupage alors qu’elle n’a voulu se saisir de ce projet qu’au terme du délai de six semaines octroyés par la Loi ? Elle découvre au final n’avoir plus le temps suffisant pour élaborer de contre-projet ! Heureusement que nos apprentis charcutiers n’ont pas eu le loisir d’opérer !